LA CHRONIQUE D'ANNE-MARIE
Ca sent le roussi !
Chers amis,
Pendant que le froid s’installe et que les feuilles roussissent tranquillement, la vie continue avec son lot de hauts et de bas, de redondances et de surprises.
J’espère que vous allez bien et que vous avez profité de l’Halloween pour reconnecter avec l’enfant en vous, celui qui voulait être un super héros ou encore celle qui voulait être une princesse. Parce que l’Halloween n’est pas vraiment fêté en France, pas à Paris en tous cas. Peut-être parce que le potiron, ce n’est pas tout à fait une citrouille. Je pense que c’est surtout parce qu’il y aurait des embouteillages dans les escaliers de tous les immeubles si les enfants couraient d’un étage à l’autre.
Ouvrez-vous votre porte ou bien êtes-vous plutôt du genre, comme certains que je connais, à fermer les lumières pour faire semblant de ne pas être là pour ne pas être dérangé ? Franchement, si on calcule un peu, les enfants commencent à passer vers 18h, à 19h15, il n’y a plus de bonbons, ça dure donc une heure. Une petite heure où les enfants s’amusent comme des fous. Bref, l’année prochaine pensez-y, une petite heure pour faire plaisir aux enfants, ça fait un peu plus de bonheur dans la grisaille de novembre !
De mon côté de l’Atlantique, j’ai eu droit à une surprise de taille. J’avais prêté mon appartement à une copine chanteuse pendant que j’étais au Québec et comme par magie, une place s’est libérée au Centre de musique baroque de Versailles, où j’ai étudié, et elle se retrouve maintenant dans cette école. En fait, bizarrement, elle suit mes traces, je lui avais offert mon poste de chef de chœur et animatrice à St-Elzéar, rôle qu’elle avait bien assumé pendant les trois dernières années, et voilà qu’elle sera près de moi maintenant. Ça fait bizarre de voir quelqu’un revivre les moments de mon arrivée au CMBV, différent et pareil à la fois. Ça m’a aussi donné un peu de nostalgie de cette école où j’ai eu tant de plaisir et qui m’a permis d’avancer dans ma carrière. Je m’ennuie de ce cocon d’amis chanteurs si passionné par le baroque, de ces milliers de concerts et de cours qui me bouffaient tout mon temps… ah non ! Quand même pas !
En fait, je suis heureuse d’être passée par là et heureuse d’avoir aujourd’hui un peu plus de temps pour préparer mieux les choses, pour me reposer entre les multiples déplacements.
Je ne sais pas comment font les grandes divas de ce monde pour chanter avec toute leur énergie en passant d’un pays à l’autre. Comment a fait Joyce di Donato, mezzo soprano américaine, pour chanter un soir un opéra de Rossini en Suisse, aller à New York remplacer quelqu’un pour un concert Strauss le lendemain et revenir ensuite continuer les représentations…
C’est une vie terrible. Dans le monde de la musique classique, on a la mémoire longue, on se rappelle des grands qui ont marqué la musique, de grands violonistes, de grands pianistes, de grandes chanteuses, mais avant les années 50, les voyages en avion étaient plutôt rares, ils n’avaient pas à se soucier des décalages horaires et de l’air climatisé qui tue les cordes vocales… c’était peut-être plus facile.
Je ne me plaindrai pas parce que depuis deux mois, j’ai du temps entre mes voyages. Je suis allée en Haute-Marne chanter et jouer Cendrillon dans un château d’été de style Renaissance à Joinville. C’était une magnifique journée d’automne ensoleillée, les jardins étaient magnifiques.
J’ai visité une très belle ville de Bretagne qui s’appelle Tréguier. Je ne sais pas pourquoi j’aime autant la Bretagne, c’est peut-être la proximité de la mer, les champs, les maisons en pierre, le beurre salé et les gens chaleureux mais chaque fois que j’y vais, je trouve cela magique. Magique de voir le soleil se lever et enrayer la brume de la nuit.
Magique aussi le concert dans l’église bondée de Tréguier même si plusieurs des chanteurs étaient quasiment aphones, changements de température obligent. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer ce que c’est qu’un groupe de chanteurs dans un bus essayant de se libérer les bronches à l’huile essentielle. Pour une fois, je ne peux pas me plaindre que ça pue, ça sent plutôt la menthe poivrée et l’eucalyptus.
Et puis, la fin de semaine dernière c’était Bordeaux, avec Patrice qui s’est enfin décidé à me suivre et à profiter de la chambre d’hôtel trois étoiles avec vue sur les toits de la ville.
C’est une belle ville Bordeaux, le théâtre est magnifique. Je serais bien restée plus longtemps pour goûter encore un peu la région et les vins bordelais.
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Et puis, il fallait bien rentrer pour préparer ce qui vient c'est-à-dire, plusieurs concerts : un concert de psaumes de la réforme de la Renaissance en France, des compositeurs dont les noms ne vous diront peut-être rien : Sweelink, Goudimel, Lestocart, Le Jeune (il est connu celui-là). Ce n’est pas si simple de chanter avec des violes de gambe, pour l’intonation (la justesse, aille !!!!), et l’élan, pourtant c’est un instrument qui se rapproche de la voix humaine. Je vous invite à en écouter, c’est magnifique la viole de gambe, Jordi Savall ou encore un duo québécois : les Voix humaines. C’est très contemplatif.
Et puis, bientôt je retourne sur la route avec Pygmalion, Rouen et Tarbes (13-14 novembre), deux villes complètement à l’opposé (plusieurs heures de train en vue entre la Normandie et le sud). Ensuite, toujours avec Pygmalion, je vais participer à l’enregistrement de la messe en si mineur version courte. J’adore cette œuvre si exigeante et jubilatoire. Et j’espère qu’on ne se tuera pas trop à la tâche car je joue Cendrillon à l’Opéra de Reims (25 novembre) le lendemain de la fin de l’enregistrement.
Et puis, ça ne s’arrête pas là, je fais encore un concert des Psaumes le 26 novembre et je pars en Corse le 27 jusqu’au 4 décembre chanter du Bach. J’espère quand même que j’aurai un peu de temps pour vous écrire…
Anne-Marie Beaudette
Versailles, 2011-11-01