LA CHRONIQUE D'ANNE-MARIE
Dardanus et moi, aux quatre coins de la France
Chers amis,
Je suis heureuse de vous écrire. Il y a une semaine que je tente de me remettre de la joie, du bonheur que j’ai eu pendant la tournée de Dardanus.
Faire du chœur, ce n’est pas toujours la joie. Combien de fois, on se retrouve avec des gens avec qui on a peu d’affinités ou qui ont mangé trop d’ail avant de venir chanter (c’est une blague). Ce n’est pas facile la vie de groupe. Ce n’est pas non plus toujours facile d’être soliste, pour les mêmes raisons évoquées plus haut, et cette fois-ci l’ail peut faire la différence chez un partenaire, et il y a aussi la solitude parfois.
Mais il y a des moments de chance où l’équipe se forme et se connecte. C’est ce qui s’est passé pour Dardanus je pense. Je me sentais bien dans mon pupitre, entourée de belles voix qui chantent avec cœur, avec mon amie Antonine en plus !
Heureusement que tout s’est bien passé car nous avons passé une semaine ensemble, dans le train, dans les salles de répétition, dans les hôtels. En tout, l’équipe comptait 62 personnes. 62 personnes à embarquer sur le quai de Montparnasse pour se rendre à l’opéra de Bordeaux.
62 personnes sur la belle scène entourée de bleu et d’or pour défendre une musique magnifique mais un livret d’opéra assez pauvre. Après tout, c’est assez commun comme histoire d’amour de l’antiquité, un des fils de Zeus, amoureux de la fille de son pire ennemi… Mais bon, le papa finit par céder, le rival meurt comme par magie et tout le monde est content.
Bordeaux donc, ville très dangereuse, surtout pendant la fin des soldes. Je pense que toutes les filles du chœur ont fait quelques emplettes. Moi, j’ai trouvé des souliers de concert en cuir vernis. C’est drôle, je pense toujours à la regrettée prof de chant, France Dion, qui disait toujours de porter de belles chaussures et de ne jamais sortir de chez soi sans être maquillée… car on ne sait jamais qui on peut rencontrer, même au dépanneur!
Après Bordeaux et quatre heures de train, on revenait pour chanter encore cet opéra qui dure quand même trois bonnes heures à l’Opéra royal du Château de Versailles. J’oublie de dire que nous avions fait la générale à Versailles, stressés à cause des micros car nous allons avoir un Cd live au Château, de cette production. Évidemment, la générale et la seconde représentation n’ont pas été nos meilleures fois. La fatigue du voyage, le stress des répétitions tout ça nuit à la concentration, et même une des basses a été malade pendant le concert. Mais je pense qu’au final, ce sera un bel enregistrement, si je me fie à ce que j’ai entendu à la Radio.
Il faut dire aussi que le public de Versailles est particulier, c’est un public riche car les billets sont vraiment très chers. Ils attendent l’entracte pour le verre de champagne et ont un peu de mal à revenir dans la salle… évidemment trois heures de musique ça se termine tard et malgré les micros, certains ont cru bon de partir avant les dernières mesures de la fin, exactement là où il y a des silences et des douceurs dans la partition.
Dans un théâtre de cette époque, complètement en bois, vous pouvez vous imaginer les bruits de craquements et de talons que ça donne! Ces personnes n’auront jamais eu autant de regards meurtriers posés sur elles en même temps ! Heureusement, Raphaël, notre chef, reste très cool dans ces moments-là, le sourire aux lèvres, et la fougue de l’orchestre n’en était que plus belle. Même chose pour le petit monsieur dans la loge de droite qui battait la mesure ! Raph lui a fait un clin d’œil!
Le lendemain, on partait pour Besançon dont je n’ai pas vu grand-chose sinon les eaux vertes de la Doubs, la grande rue commerçante et le Théâtre.
C’est à l’usure qu’on reconnaît les pros mais c’est assez rassurant de voir que même les solistes pouvaient faire des erreurs à cause de l’accumulation de fatigue. Car après Besançon, on revenait sur Paris pour reprendre le train pour aller au Touquet dans le nord de la France, sur le bord de la mer. Encore une fois, l’horaire était tellement serré que j’ai à peine vu cette ville de vacances, de grandes baraques aux noms d’opéra, notre hôtel était juste devant la résidence Pelléas et j’ai croisé le Butterfly aussi.
On était reçu par le Festival du Touquet dans une grande salle de Casino et c’était charmant mais une des dames du buffet a insisté pour que je goûte aux rillettes et j’aurais bien dû m’écouter car j’ai failli rester prise avec des arêtes de saumon, heureusement, je savais qu’une boule de mie de pain résout ce genre de cas, je n’aurais pas chanté avec ça pris dans la gorge.
Après tous ces kilomètres, j’étais heureuse de rentrer et heureuse de prendre un peu de temps pour me reposer. Il faut quand même que je me replonge dans mes partitions pour mes prochains concerts. Que je me remette à plancher sur mon dossier de demande de titre de séjour. J’ai quand même du temps, donc, si vous m’écrivez, je vous promets de vous répondre!
Je vous embrasse bien fort !
Anne-Marie Beaudette
Versailles, 2012-03-02