LA CHRONIQUE D'ANNE-MARIE

De politique et de rêves...

Bonjour tout le monde,

 

C’est le dimanche du premier tour des élections, mes premières élections présidentielles en France. Évidemment, je ne serai que spectatrice, mais n’empêche que c’est un moment qui gonfle le cœur d’espoirs.

 

J’imagine que vous préfèreriez que je vous fasse rêver de coins de France perdus dans la campagne de Haute-Vienne, de concerts fantastiques… mais j’écris ce que je veux. Liberté, égalité, fraternité !

 

Je me sens un peu comme le temps en ce moment : pluie et soleil en même temps, averses tumultueuses d’espoirs au pluriel…

 

Je sais qu’au Québec aussi, il y a des orages. Grâce à internet, j’ai des échos de ce qui se passe, de ce qui ne se passe pas aussi.

 

Chers amis, savez-vous combien coûte une année d’université en France ?  C’est moins de 200 euros pour l’année. Et oui, il y a plein de monde qui n’en profite pas assez pour la simple raison qu’ils ne savent pas la chance qu’ils ont.

 

Je continue donc de croire et d’espérer que les esprits se réveillent, que nous puissions tous sortir de l’endormissement dans lequel la vie nous maintient parfois. J’aimerais que les idées soient plus grandes. On est tellement recroquevillés sur nous-mêmes, ce qui nous intéresse, c’est notre propre frontière, notre maison, notre auto, notre boulot. On oublie que l’on partage la même terre, le même ciel, le même air.

 

On oublie que le bonheur des autres influence le nôtre. Je le sais parce qu’il y a des endroits dans la vie où ça sent la souffrance. Et je ne parle pas de la regarder froidement à la télé. Je parle de mes diverses expériences à la Préfecture où, dans le silence, on attend tous le verdict des fonctionnaires pour savoir si on aura le droit de rester et de vivre sur un territoire qui ne veut pas de nous parce qu’on vient « voler » le travail des Français.  Ça sent la peur, le désespoir, les heures d’attente. Et je me considère comme privilégiée malgré tout parce que je suis blanche et que je peux cacher mon accent. Mais je sens la détresse des autres, je comprends les cris et les pleurs qui ne manquent jamais d’arriver dans la file d’attente.

 

Je crois fermement que les idées peuvent changer les choses, si nous réussissons à rester ouverts, si on accepte de changer et d’évoluer et si on ouvre les yeux pour voir que le monde ne tourne pas que pour nous.  Si on passait plus de temps à cultiver l’intelligence plutôt que l’économie, ce serait tellement bien. Et pour moi, l’intelligence passe par la culture, par l’ouverture et le respect qu’il faut sans cesse cultiver et ça demande du travail.

 

Il faut aussi arrêter de se prendre au sérieux. Oui, tout ce que je viens d’écrire, c’est sérieux mais j’accepte de rire de mes propres idées et de mes contradictions. On s’offusque de tellement de choses aujourd’hui. Laisser Charest faire des blagues et déverser son mépris sur ceux qui essaient de vivre en démocratie ? Je me demande ce qui est le plus violent, casser des objets ou mépriser des êtres humains ?

 

Comme vous pouvez le constater, je continue de prendre des nouvelles, même si j’en reçois peu de vous.

 

Maintenant pour revenir aux rêves, beaucoup de choses se sont passées depuis mon dernier message.

 

J’ai fait un récital, examen final de mes deux années au Conservatoire d’Orsay. C’est toujours un défi de se lancer dans ce genre d’exercice. Et malgré plein de bons commentaires, on m’offre de faire une troisième année, pour continuer à travailler avec ma prof mais de l’opéra cette fois-ci. Moi, qui es venue ici pour le baroque, je suis bien embêtée… et tentée. Il y a déjà tellement de compétition à essayer d’oublier, tellement de chanteuses qui peuvent chanter Puccini, Mozart, mais qui connaît bien le style de Rameau, la spécificité déclamatoire du français, du latin, les influences de la musique napolitaine ?

 

Et puis, plus récemment, j’ai chanté dans une grange. J’avais déjà chanté dans une porcherie, mais c’était ma première grange. Mais si la porcherie était… vraiment une porcherie, et j’en garde un souvenir étouffant de chaleur (il faut tenir les bébés au chaud). Cette grange de la ferme de Villefavard était complètement rénovée, magnifique ! Et c’est la première fois que je travaillais avec la Camerata Vocale de Brive (Brive la Gaillarde) et c’est aussi la première fois que je rencontre autant de gens qui veulent servir la musique, chacun laissant s’exprimer sa voix. C’est très rare de trouver ce genre de respect et de connexion. J’ai déjà hâte de refaire ce programme en mai et en juin.

 

Et puis, au retour enregistrement d’un démo avec L’Escadron volant de la Reine. Groupe fondé avec des amis musiciens qui aiment bien dire que je suis la reine en question, mais comme le nom implique une petite leçon d’histoire dans les plates bandes de Catherine de Médicis… je vais attendre de voir si j’arrive à donner ses lettres de noblesse à ce nouvel ensemble. Il faut beaucoup de travail pour arriver à être un vrai groupe, trouver cette énergie, ce son qui fait la différence.

 

J’ai aussi découvert les fraises de Plougastel. C’est en Bretagne alors qu’on fait des fraises presqu’aussi bonnes que celles du Québec. Et puis, j’ai fait un super concert à Enghien-les-bains où il y a un lac que j’aimerais bien aller revoir. Mais vive la musique qui m’amène dans ces endroits que je ne verrais pas autrement.

Je vous aime !

Anne-Marie Beaudette
Versailles, 2012-04-24

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